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ManonFiche artiste 31/55

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au centre culturel suisse

Pionnière de l'installation et de la performance, elle a très vite abordé les questions d'identité et de genre, mettant en scène son propre corps comme matériau principal de son travail. Avec ses performances, elle explore le désir, l'esthétique SM, les stéréotypes, le face à face ou simplement la présence.

événements

au centre culturel suisse

Pionnière de l'installation et de la performance, elle a très vite abordé les questions d'identité et de genre, mettant en scène son propre corps comme matériau principal de son travail. Avec ses performances, elle explore le désir, l'esthétique SM, les stéréotypes, le face à face ou simplement la présence.

mar 01 Dec
2
18h
ProjectionCentre culturel suisse+33 1 42 71 44 50

Manon Presents Man (1976)
Manon questionne radicalement la construction de l'identité de son propre corps et des stéréotypes sexuels, comme en atteste son fameux livre/manifeste On Manon 74–77. Ces éléments sont au coeur de Manon Presents Man, une performance au cours de laquelle sept hommes évoluent tel un tableau vivant dans la vitrine d'un magasin à Zurich. Inspiré par le quartier rouge d’Amsterdam, ce dispositif fait des hommes à leurs tours des objets de désir (habillés et mis en scène par l'artiste) mais tend surtout un miroir à Manon elle-même qui incarne la somme de ces fantasmes : le barbu en manteau de cuir (Steppenwolf), l'homme en uniforme (SS Bösch), le dandy (Dorian Gray de Castelberg), le travesti (Juicy Lucy), le garçon au t-shirt « Manomania » (The Great Blondino).

mer 02 Dec
1
13h
ProjectionCentre culturel suisse+33 1 42 71 44 50

Manon Presents Man (1976)

jeu 03 Dec
1
13h
ProjectionCentre culturel suisse+33 1 42 71 44 50

Manon Presents Man (1976)

ven 04 Dec
1
13h
ProjectionCentre culturel suisse+33 1 42 71 44 50

Manon Presents Man (1976)

dim 06 Dec
1
13h
ProjectionCentre culturel suisse+33 1 42 71 44 50

Manon Presents Man (1976) 

exposition

au centre culturel suisse

Pionnière de l'installation et de la performance, elle a très vite abordé les questions d'identité et de genre, mettant en scène son propre corps comme matériau principal de son travail. Avec ses performances, elle explore le désir, l'esthétique SM, les stéréotypes, le face à face ou simplement la présence.

On Manon'74-77 (1977, 4'35'')

Diaporama vidéo réalisé à partir du livre original, production Centre culturel suisse pour PerformanceProcess (2015).
Le livre On Manon'74-77, qu’elle a réalisé elle-même, condense ses recherches avec des photographies, collages, notes, et donne une idée de la performance permanente qu'est sa vie durant ces années.

Manon Presents Man (1976)

Papier peint réalisé pour l'exposition à partir d'une diapositive

Manon Presents Man est une performance au cours de laquelle sept hommes évoluent tel un tableau vivant dans la vitrine d’un magasin à Zurich. Inspiré par le quartier rouge d’Amsterdam, ce dispositif fait des hommes à leurs tours des objets de désir.

Selbstportrait in Gold (2012, 189×126×3,5 cm)

Selbstportrait in Gold est une œuvre récente qui met à nouveau son corps en scène, mais cette fois dans une esthétique médicale magnifiée.

On Manon, 1974-1977 (1977, 4'35'')

Diaporama vidéo réalisé pour PerformanceProcess à partir du livre d’artiste, 4’35’’

Manon réalise elle-même ce livre qui condense ses recherches avec des photographies, collages, notes, et donne une idée de la performance permanente qu'est sa vie durant ces années. 

 

extraball

colloque

+

Notice biographique

Née en 1946, vit à Zurich  
Dans les années 1960, Rosmarie Küng s'installe à Zurich et devient modèle. C'est à cette période qu'elle choisi son nom d'artiste Manon, rencontre Urs Lüthi qu'elle épouse et s'expérimente à la photographie (autoportrait). Elle crée un personnage fictif, Manon, qu'elle met en scène dans des métamorphoses sous forme de collages et de dessins et déploie cet univers dans ses performances. Elle s'installe à Paris entre 1970–1980 où elle réalise entre autres la série de photos La dame au crâne rasé.  De retour sur la scène artistique dans les années 1990, elle se focalise sur la thématique de l'éternelle jeunesse, son évanescence et se crée un alter ego masculin, Manon als Edgar (2006). Depuis 2004, Manon répertorie ses archives en un cycle des métamorphoses intitulé Diaries, couvrant aussi bien les œuvres de jeunesse que sa vie quotidienne. Une rétrospective, Manon – A Person, a été présentée au Helmhaus à Zurich en 2008, et au Swiss Institute à New York en 2008–2009.

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interview

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Manon présente « Manon »

Pionnière de l'art multimédia et de la performance, elle thématise dès les années 1970 le sujet de la précarité de l'identité féminine : l'art de Manon est un ...

Pionnière de l'art multimédia et de la performance, elle thématise dès les années 1970 le sujet de la précarité de l'identité féminine : l'art de Manon est un « gesamtkunstwerk » (œuvre d'art totale) de sa vie.

Avertissement préalable : cette artiste est sans pitié. Il suffit de jeter un coup d'œil à son Autoportrait en or (2014) pour le savoir. Manon, lauréate du prix Meret Oppenheim en 2008, transforme la vie, synonyme de souffrance, en art. Ce portrait est la sublimation d'une longue et pénible thérapie, réalisé avec un équipement médical d'apparence sadique. C'est une autre facette de Manon : un personnage artificiel qui peint ses souffrances en or. « Manon ». Bien sûr, ce n'est pas son vrai nom. Mais ce nom qu'elle s'est donné est un signe de reconnaissance qui invite l'observateur : « C'est ici que je suis, et je suis ce que vous voyez en moi. » Manon, actrice de formation et actrice par passion, qui représente des identités et des projections, se présente devant son public comme une femme séduite. Cependant, c'est tout le contraire qui se produit, c'est elle qui fait claquer son fouet, c'est elle qui fait tourner notre imagination comme un cheval de cirque dans son manège. Manon exige le droit à l'autodétermination au-delà du genre – rétrospectivement, c'est trop tôt, dans un monde de l'art dominé par la gente masculine. À la même époque que Yoko Ono, Valie Export ou Lygia Clark, et encore avant Cindy Sherman (et sans connaître leurs idées artistiques, car Manon travaille en solitaire), elle a été la première artiste à essayer des rôles féminins dans l'espace public. Manon est également la première à inverser les rôles entre la performeuse et le public. Elle invente même, et c'est visionnaire, des alter ego du sexe opposé.

Avec le Boudoir rose saumon (1974), elle allume à Zurich la flamme féministe. Elle invente ainsi, comme en passant, le concept de l'art environnemental. Manon emménage dans un musée avec sa chambre à coucher, décorée d'accessoires érotiques et glamour : scandale ! En fait, l'artiste anticipe ce pourquoi, vingt ans plus tard, Tracey Emin sera nominée pour le prix Turner. Elle n'est pas dans son boudoir, seule la chaleur étouffante de la pièce incarne la réputation sulfureuse de cette femme artiste, un comble.

L'artiste est présent (1977) est le titre d'une autre série de seize images avec live show de la même époque. En 2013, elle la remet en scène très légèrement modifiée sous le titre de Persona. À cette époque déjà, elle cherche à briser son image et nos attentes. Manon se démultiplie par le biais de figurantes qui jouent Manon. Elle démontre ainsi l'absurdité du concept d'identité. Personne ne se rend compte qu'elle lance ainsi le débat sur l'original et sa copie d'une grande actualité aujourd'hui.
Dans la même veine, elle travaille dans une ses premières performances La Vie en vitrine (1975/1976) – une sorte de Facebook avant l'heure –, où elle s'exhibe publiquement dans une vitrine, entourée de photographies et de textes de la presse glamour italienne. Avec La Fin de Lola Montez (1975), elle exprime son combat contre ses propres peurs. Elle s'enferme dans une cage à fauves, vêtue d'une combinaison noire catsuit et, malgré sa claustrophobie, se laisse ficeler les pieds et les mains, comme la légendaire maîtresse du roi. Maintenant, Manon crée son propre produit, son propre fétiche. Le « tableau vivant » avec sept hommes, Manon Presents Man (1976), est probablement une de ses premières œuvres qui a fait le plus de bruit. Comme toujours, elle s'occupe de tout, le zoo humain, le décor, les costumes, une mise en scène rigoureuse. Et comme toujours, elle inverse les rôles : cette fois-ci, c'est la femme qui choisit ses hommes selon ses envies et les expose, et non l'inverse comme depuis des temps immémoriaux. Dans son Manuel de travail (1977), l'artiste nomme ces hommes « 7 archétypes des années 1970 ».

Manon s'intéresse à la construction et à la déconstruction de l'image, mais elle n'est pas seulement une enfant de son époque, elle est également une analyste de son temps. Qu'après la mise en scène spectaculaire de Manon Presents Man, elle quitte la Suisse pour se réinventer à Paris n'a rien de surprenant. À Paris, elle se rase le crâne, détruisant ce qui symbolise la beauté et joue devant son appareil photo La Dame au crâne rasé (1977–1978). Elle se montre nue, de la tête aux pieds, écran pour chaque effroi qui engendre l'art.

Daniele Muscionico, journaliste indépendante et critique d'art pour Neue Zu?rcher Zeitung, Die Zeit ou encore Emma

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