close

Gregory Stauffer & Marius SchaffterFiche artiste 41/46

focus

événements

au centre culturel suisse
et dans les lieux partenaires

Gregory Stauffer, performer et chorégraphe, et Marius Schaffter, comédien géographe et dramaturge, s'inventent un duo – Stauffer & Schaffter. Sous les yeux du public, ils le soumettent à un ensemble d'actions chorégraphiques et performatives pour établir son existence. Passant d'un vernissage à un concert diamanté bleu, d'un rituel d'échauffement à une chorégraphie kaléidoscopique, de récits intimes aux éruditions savantes, ou encore d'un défi sportif à la clôture des cérémonies, ils mettent leur duo à l'épreuve de la performance scénique autant qu'ils se servent de la représentation théâtrale pour se faire un nom et créer une communauté instantanée avec les spectateurs.

ven 16 Oct
1
20h
Introducing Schaffter & Stauffer (2014)Centre culturel suisser+33 1 42 71 44 50

exposition

extraball

colloque

+

Notice biographique

Nés en 1980, vivent à Genève.
Gregory Stauffer et Marius Schaffter ont créé ensemble et joué durant 8 ans dans la formation de rock expérimental et performatif Lune. Ils ont bourlingué et partagé les misères les plus banales comme les moments de pur bonheur et de confidence. Ils ont performé ensemble sous le pseudonyme de Schaffter & Stauffer. Gregory Stauffer développe depuis 2006 un travail aux confins de la danse et de la performance. Il a collaboré avec Bastien Gachet, avec l'artiste Tarik Hayward, et fait partie du collectif Authentic Boys. Il tourne au Théâtre de l'Usine Genève, aux Urbaines Lausanne, au festival Far° Nyon, Festival de la Cite Lausanne, Stromereien Zurich, Tanztage Berlin, Tanzfaktorinterregio. Marius Schaffter poursuit un parcours sinueux. Etudes de géographie où il travaille sur la perception des espaces sonores et les biographies spatiales, danse pour son plaisir, tourne dans des films. Formation comme comédien professionnel. Dramaturge, acteur et performer.

bibliographie

interview

images

videos

textes

La douceur de vivre selon Marius et Gregory

À Paris, Marius Schaffter et Gregory Stauffer feuillettent un livre d'images sages et présentent au public un miroir à la fois bienveillant et dérangeant. ...

À Paris, Marius Schaffter et Gregory Stauffer feuillettent un livre d'images sages et présentent au public un miroir à la fois bienveillant et dérangeant.

« Être ensemble et que ça voyage ! » Ce souhait, à la fois simple et ambitieux, pourrait résumer à lui seul la démarche du duo Schaffter & Stauffer, deux artistes suisses, nés à Yverdon-les-Bains il y a trente-quatre ans, dont les travaux, d'une extrême simplicité apparente, visent à rien de moins que « célébrer la vie et partager avec le spectateur un moment chargé d'intensité ». C'est Gregory Stauffer, performeur et chorégraphe qui parle ainsi un beau jour d'été. Mais, pour avoir vu Introducing Schaffter & Stauffer, balade surréaliste entre exposition, tennis, danse et spa, il est sûr que Marius Schaffter, comédien et géographe, pourrait tenir le même propos. Ils se sont connus sur les bancs de l'école à 10 ans, ont créé ensemble un groupe de rock expérimental lorsqu'ils étaient adolescents. À 20 ans, ils ont même projeté de fonder une ferme musicale dans le Jura. « Pour nous, créer, c'est un état d'esprit, une manière d'être au monde. Il n'y a pas de cassure entre la vie et la scène, entre le studio et le plateau. Dans nos spectacles, on valorise simplement ce qu'on vit, ce qu'on partage », explique Gregory en évoquant l'amitié profonde qui le lie à Marius. « Cette confiance réciproque nous permet de travailler sur la présence. Lorsqu'on va voir une performance, qu'est-ce qu'on retient ? La finesse du contenu ou l'intensité de l'interprète ? Regardez Ivo Dimchev ou Benjamin Verdonck, ce qui frappe chez eux, c'est surtout ce qu'ils sont, moins ce qu'ils font. » Tout de même, quitte à courir les théâtres locaux et européens, autant raconter quelque chose, non ? « Ce qu'on raconte ? Une attention au paysage, à l'espace, au temps. La valorisation du moment. » Principe très bouddhiste, qui correspond bien à la douceur qui se dégage de Gregory Stauffer. En même temps, ces deux-là sont joueurs. « Ils passent d'une confession à une farce théâtrale, d'un rituel sacrificiel à un ultra happening, d'un exploit sportif à leur propre disparition, et mettent ainsi leur duo à l'épreuve de la performance autant qu'ils se servent de la représentation théâtrale pour se faire un nom », écrivait Myriam Kridi en 2014, lorsqu'elle programmait le duo au Théâtre de l'Usine à Genève.

Et c'est vrai qu'il faut lire entre les lignes face au travail de ce tandem. Aller chercher derrière la candeur de la proposition. Dans Introducing Schaffter & Stauffer, il y a une vraie ambiguïté. Ces deux jeunes hommes qui présentent des tableaux, jouent au tennis, parlent de leurs bobos, créent de la musique comme des ados, ces deux fils de bonne famille sontils vraiment aussi sages qu'ils le montrent ? Ou leur apparente naïveté cherche à nous renvoyer à une certaine vanité ou vacuité ?

Introducing Schaffter & Stauffer est une traversée étrange. Tout débute dans le foyer du théâtre où sont exposés des tableaux plutôt maladroits que Gregory Stauffer présente avec sérieux, expliquant que ces toiles ont été acquises et/ou travaillées à des moments précis de la vie du duo. Souriants, les spectateurs hésitent entre l'incrédulité et la sympathie. Seconde étape, dans la salle. Le public ne s'assoit pas sur les gradins, mais tout autour du plateau, dos au mur. Là, les spectateurs sont invités à fermer les yeux et à se détendre au fil d'un exercice de relaxation. À nouveau, cette extrême bienveillance sème le doute : les deux artistes sont-ils animés par un réel souci de bien-être ou se livrent-ils à une stigmatisation du « care », cette nouvelle tendance anglo-saxonne pour Occidentaux inconsolables ? De fait, le moment est agréable et, si on se prête au jeu de la voix sereine, on se détend. Dans la foulée, un concert kitsch, avec accords basiques et rythmique élémentaire dans un décor de guirlandes populaires, prolonge cet esprit de minimalisme candide. Comme le fera la séquence de tennis, plus tard, une fois que les spectateurs ont regagné les gradins. Les deux drôles tapent la balle avec une vraie implication et, là encore, difficile de savoir, si on assiste à un exercice de pleine conscience corporelle ou à une critique déguisée des loisirs de riche…

Elle est peut-être là, la force de ces deux artistes qui mènent également leur carrière en solitaire. Laisser chaque spectateur libre de voyager comme il l'entend dans ce livre d'images sages, de se chercher dans ce miroir à la fois doux et dérangeant, et libre au final d'évaluer la dimension et la réalisation de ses propres ambitions.

 

Marie-Pierre Genecand

liens